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Ce qui la fascinait c’était la fréquence naturelle de leurs rencontres. De brefs moments frôlant l’incalculé, le sacré, sur fond de ciel bleu. Comme si la rencontre était un parcours sur un sentier longé de surprises mêlées d’une tendre affection.
Cet après-midi là l’herbe saluait l’arrivée tardive du printemps et les restes de neige avaient le goût de plaisanteries enfantines. L’odeur des bois mélangée à son imagination l’embarquait dans un subtil et délicieux moment de flottement.
Elle s’allonge, ferme les yeux, dépassée par les songes elle laisse ses jambes rougir sous les premiers rayons du soleil.

Le lendemain elle sourit de ses absurdes brûlures, le lilas est en fleurs, elle s’en va nager. Le chlore efface les images de la mémoire mais persiste en elle la sensation étrange de bien-être. Sortant du bassin il y a l’entrevue, insolite, rêvée mais non envisagée. Là juste devant elle  ce visage connu, un face à face esquivé, un corps à corps ignoré. Elle monte l’échelle, sort de l’eau, défait ces cheveux. Images volées. Les mots prennent la dimension prophétique, la réalité les rattrape et les signes d’un dialogue incompréhensible mais perceptible l’interpellent. Les quêtes de sens de ses hasardeuses entrevues lui plaisent, dessinent de nouveaux espaces plus mystiques que logiques. Des communications humaines oubliées et retrouvées, défiant la science. S’opposant à la perversité des rapports oppressants et intellectualisés du milieu qu’elle est en train de quitter. Incitée par ses instincts elle se fie aux signes subjectifs d’un monde bien réel et se laisse guider par sa perception physique. Elle prend sa douche, s’habille et rejoint la ville en longeant l’Ill.