Ce soir, au volant d’une voiture d’une douzaine d’années, cabossée mais toujours droite, je naviguais dans un déluge où la pluie m’ouvrait un espace d’émotion. Je visualisais cette eau source et forte de vie, cette eau battante et purifiante qui coulait au milieu d’une veine d’humanité. Une brèche dans le ciel offrait au monde, un moment de calme dans une coque métallique et bruyante.

Un dessin apparut devant mes yeux : La Nativité

Un homme nu, sortant d’un sexe béant de féminité, conservait le secret du mystère de la vie. Un homme marchait sur des cailloux et de l’eau. Libéré de l’ombre écrasante du désir et du plaisir. Autour de lui, la lumière blanche éclatait. Ses pas posément avançaient avec un souffle de verdure porté par un bois d’une constructible espérance. L’homme dans la nature, submergé par la beauté, avance sans savoir mais en toute confiance.

Son cœur croyant exulte.

L’eau s’arrêta de tomber, douce et tendre. Le bruit et la lumière indirecte des lampadaires, laissaient apparaître l’ombre de desseins sur les sièges. Alors seule, je repensais à ces rencontres, qui remontaient aux racines de ma naissance. Celles qui se jouaient d’une innocence parfois oubliée. Alors je pris une cigarette, m’arrêtai, et sous un croissant de lune j’observais le halo d’un bateau des mers du sud bercé par les éclats de rire d’une adolescente retrouvée le temps d’une courte lueur au cœur de la nuit.

Fabienne Schegg

Nativité

Nativité © Sylvain Deck 2015